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Le musée de "la Compagnie des Indes"à Lorient (Port-Louis)

Oui, Lorient, c’est au départ « l’Orient », première compagnie française des Indes créée sous Louis XIV sur les conseils du ministre Colbert. Lorient et la dite compagnie forment une histoire commune, brassent à la fois le commerce et la navigation, le goût fervent des épices et la christianisation des peuples dits barbares, les scandales financiers et la traite négrière.

Des rives de la rade du Blavet aux comptoirs asiatiques, le musée fait défiler dans ses dix salles, successivement, les routes de l’Inde de l’Antiquité, la création des grandes compagnies de commerce du 17e siècle, la vie du port proprement dite, la construction navale au temps de la compagnie, les voyages et la vie à bord des navires, les comptoirs d’Afrique, la traite négrière, les différentes escales, les comptoirs indiens (parmi lesquels Pondichéry) et enfin la Chine.

Contrairement à l’idée reçue, ce n’est pas un musée de céramiques, fussent-elles particulièrement belles dans la dernière salle, notamment avec les échantillons chinois qui vont de la statue de Shoulao, dieu de la longévité, au pot à pinceau en forme  représentant le célèbre poète du 8e siècle, Li Taibo. C’est un magnifique voyage dans l’espace et dans le temps, à une époque où l’on s’enflamme pour les régions nouvelles et les découvertes, où le mercantilisme s’affiche sans fausse pudeur. C’est le règne du développement de l’industrie, de la création des manufactures d’état et du creusement des canaux.                                                                                       

C’est une déambulation magique agrémentée de cartes maritimes, de maquettes de bateaux et d’objets usuels ayant trait à la vie maritime. Dans les pas du guide érudit et passionné, on apprend des tas de choses : Comment les rabatteurs cueillaient dans la rue, à Lorient, des gamins de douze ans qui pouvaient devenir capitaines s’ils avaient échappé aux mutineries, à la gangrène et au scorbut. A quoi servaient ces filins disposés à l’arrière des navires : à éviter le suicide des esclaves noirs. Et comment on punissait le matelot coupable du vol d’un simple clou de girofle : de la peine de mort, tout simplement.

La vie n’avait pas le même sens à l’époque et l’espérance de vie ne dépassait guère la cinquantaine. Alors on pouvait la risquer à franchir le funeste cap de Bonne-Espérance, affronter les étapes dangereuses des trafics en tout genre, et rêver de soieries, de cotonnades, et comme dans Baudelaire « d’esclaves nus tout imprégnés d’odeurs ».

Ce passé aventureux qui voit se confronter l’Occident et l’Asie résonne de noms magiques : Moka, Pegu, Chandernagor. Il réveille d’anciens souvenirs de lectures. Le livre couramment lu à cette époque est Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre et l’on se prend à relire ce petit roman gorgé d’exotisme et de mystère. On se remet à réviser les leçons du fructueux commerce triangulaire : exportation en Afrique de poudre, de fusils et de verroterie permettant l’achat d’esclaves noirs pour les îles d’Amérique, et retour en France avec du sucre, de l’indigo et des taffetas. On revoit le mécanisme du système frauduleux de Law lui permettant, à la tête de la Banque Royale, de détourner le privilège des émissions de papier-monnaie.

 

Même au plus beau temps du Roi-Soleil, le commerce n’avait pas été aussi prospère. On portait sur ses habits diamants et rubis. Pour freiner les débordements, le Régent dut promulguer des lois somptuaires et interdire le port de vêtements trop riches. Cela finit tout simplement par des émeutes et des cadavres ramassés à la pelle rue Vivienne, devant le siège de la Banque de  France.

 

Alors on se met à rêver à nouveau de soieries et de cotonnades, à contempler un coffre d’épices hollandais avec ses magnifiques couleurs. On s’interroge face à cette Vierge Marie d’origine chinoise qui est devenue toute jaune et porte dans ses bras un nouveau-né qui arbore une tête de Bouddha.

 

On se dit qu’on a trop ingurgité de drogues et d’épices, on est pris d’hallucinations. Mais non, on est toujours dans le musée de Port-Louis qui domine la baie de Lorient et on s’en assure en foulant, en sortant, les lourds pavés de la citadelle qui tout d’un coup prennent un petit air proustien et nous rappellent tout simplement un passé qui n’est pas si lointain, un passé tout proche et que nous aurions aimé connaître, avec ses embûches, ses plaisirs et ses détours.                                                                                                                                         

                                                                                                                                          Gwenaël Belleil

 

 



 
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